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La prévalence de l'IA en
France n'est pas connue avec précision. Une seule étude (Denis,
1992, niveau B) permet, à notre connaissance, d'estimer la fréquence
de cette pathologie dans notre pays : elle a été réalisée
en 1989 par sondage auprès d'un échantillon non aléatoire,
national, de personnes âgées de 45 ans ou plus, et ne concernait
pas la population vivant en institution sanitaire ou sociale. La prévalence
de l'IA était estimée à 11 % (soit 2 millions de personnes)
et celle de l'IF à 6 % (soit 1 million de personnes). La prévalence
de l'IF qualifiée d'invalidante (IF quotidienne ou hebdomadaire)
était estimée à 2 %, soit 350 000 personnes. L'effet
sur ces résultats, des évolutions démographiques observées
en France depuis 10 ans n'est pas connu.
| Population >45 ans |
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| I. ANALE |
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| I. FECALE |
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| IF invalidante (*) |
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L'étude de Denis (1992, niveau B) fournissait aussi une estimation de la fréquence de l'IA pour la population vivant en France dans des institutions de 3 départements ayant accepté de participer à cette enquête : la prévalence variait de 33 à 36 % et l'IA était quotidienne dans 70 % des cas. Si on chiffre à 5 % la population de 65 ans et plus vivant en institution, on peut estimer, de manière approximative, à 150 000 le nombre de personnes institutionnalisées présentant une IF sévère, ce qui ajoute à la précédente estimation porterait à 500 000, le nombre de personnes présentant, en France, ce handicap.
Les études anglo-saxonnes (Johanson, 1996, niveau B ; Peet, 1995, niveau A ; Working party of the Royal College of Physicians, 1995) rapportaient une prévalence en institution variant de 10 à 46 % selon le type d'établissement.
La prévalence de l'IA chez les patients consultant des professionnels de santé doit être considéré de manière critique puisque différentes sources (Nelson, 1995, niveau A ; Johanson, 1996, niveau B) indiquent que seulement un patient sur trois atteint d'IA a déjà consulté pour ce motif.
2.2.1 Le sexe :
La prévalence de l'IA est élevée dans les deux sexes, avec une légère prédominance féminine : 13 % versus 9 % dans l'enquête française (Denis, 1992, niveau B). Ce sex-ratio a été confirmé par certaines études nord-américaines : près de 2 patients sur 3 sont des femmes dans la population du Wisconsin (Nelson, 1995, niveau A) et dans un échantillon plus large de la population américaine (Drossman, 1993, niveau A), 2 IA graves sur 3 surviennent chez des femmes.
Donc, contrairement à une idée répandue, l'IA est un problème fréquent chez l'homme et, d'ailleurs, d'autres études (Longstreth, 1993, niveau C ; Talley, 1992, niveau A) ne mettent pas en évidence de différence significative entre les deux sexes.
2.2.2 L'âge :
Alors que, pour beaucoup d'auteurs,
la fréquence de l'IA augmente avec l'âge (Drossman, 1993,
niveau A ; Johanson, 1996, niveau B) ou paraît corrélée
à l'âge (Nelson, 1995, niveau A) ; la prévalence de
l'IA dans l'étude française (Denis, 1992, niveau B) était
similaire dans les différentes classes d'âge ; mais, cette
donnée était possiblement biaisée car sa méthodologie
ne prenait pas en compte les patients présentant une IA et admis
en institution.
2.2.3 L'incontinence urinaire
(IU) :
Leurs mécanismes physiopathologiques semblables, des facteurs de risque communs et l'association fréquente de l'IU et de l'IA suggèrent la nécessité de dépister une IA chez les patients consultants pour une IU.
Ainsi, dans une population de 500 patientes consultant pour IU d'effort (Denis, 1992, niveau B), 27 % présentaient une IA (essentiellement aux gaz), alors qu'aucune n'avait spontanément signalé ce symptôme.
Une double incontinence est également fréquente chez les personnes âgées vivant en institution (Peet, 1995, niveau A), les patients souffrant de maladie neurologique (Denis, 1992, niveau B) et les patientes présentant un prolapsus pelvien (Jackson, 1997, niveau B).
2.2.4 La survenue de certaines circonstances physiologiques ou pathologiques :
Certaines pathologies neurologiques comme les accidents vasculaires cérébraux (Nakayama, 1997, niveau C), la démence (Johanson, 1996, niveau B), le diabète (Pinna Pintor, 1994, niveau C ; Schiller, 1982, niveau C) sont associés à un risque majoré d'IA.
De nombreuses publications (Kamm, 1994, niveau C ; Marshall, 1997, niveau C ; Ryammer, 1995, niveau C ; Sultan, 1993, niveau C, 1996, niveau C, 1997, niveau C) confirment le risque obstétrical en matière d'IA.
Enfin, une analyse multi-factorielle (Leroi, 1993, niveau B) fait apparaître le rôle des antécédents d'hémorroïdectomie, d'hystérectomie et de cholécystectomie.
Le coût de l'IA en France n'est pas connu ; néanmoins, il est vraisemblablement élevé si on se réfère aux estimations anglo-saxonnes concernant les matériels et différentes fournitures spécifiques, qui se seraient élevées à 56 millions de Livres au Royaume-Uni en 1995 et à plus de 400 millions de Dollars aux Etats-Unis en 1988 (Johanson, 1996).
Pour appréhender de manière exhaustive l'impact socio-économique de cette pathologie, il faudrait prendre en compte :
En outre, l'IA serait un facteur prédictif de placement en institution des personnes âgées (O'Donnell, 1992) et certains travaux (Wald, 1994) indiquent qu'il s'agirait même de la 2éme cause d'institutionnalisation dans cette tranche d'âge. Mais, il est difficile d'imputer à la seule IA, la décision d'admission en institution de patients souvent lourdement dépendants. D'autre part, dans la mesure où l'IA est prise en charge intégralement par l'Assurance-Maladie en hospitalisation (court, moyen et long séjour) et que certains frais (notamment couches et garnitures) ne le sont pas au domicile ou son substitut (maison de retraite en section de cure médicale ou non), on peut penser que certains patients présentant une IA sont orientés en hospitalisation pour des raisons au moins partiellement économiques (le seul coût des changes complets étant de l'ordre de 1000 F/mois). La perspective d'amélioration de la prise en charge pour les personnes âgées dépendantes repose sur la Prestation Spécifique Dépendance (PSD). Le principe est celui d'une rémunération payée à la personne âgée en fonction de son degré de dépendance et non celui d'une prise en charge en fonction de la structure d'accueil. Le classement de la dépendance se ferait en fonction de groupes iso-ressources (GIR). Il sera néanmoins difficile de chiffrer ce qui revient à l'IA.
Sa prévalence élevée et son impact socio-économique probablement important, en font un problème majeur de santé publique (Roe, 1992). Aussi, un certain nombre de recommandations peuvent être faites :
- Tout patient présentant
une IA devrait faire l'objet d'un avis médical et d'une recherche
systématique de causes éventuellement curables. Cette recommandation
est particulièrement importante pour les établissements médico-sociaux
ne disposant pas de médecin permanent, dont les patients sont parfois
lourdement dépendants, poly-déficients et pour lesquels l'IA
peut apparaître comme inéluctable. La détermination
du statut-continence du patient évaluée dés l'admission
et associée, le cas échéant, à des mesures
diagnostiques et thérapeutiques spécifiques doit être
généralisée en assurant la promotion de cette pratique
comme un " standard " professionnel, voire en mettant en place une réglementation.
Cet objectif passe par des initiatives
de formation initiale et ultérieure des professionnels de santé
tant des médecins sur cette pathologie qui semble être particulièrement
mal connue, que des personnels paramédicaux (infirmières
et aides soignantes) qui sont souvent confrontés en première
ligne à ce problème.
- Une information spécifique doit être faite aux patients atteints d'IA qui peuvent percevoir cette infirmité comme un signe inéluctable de régression, sans autre cause que le vieillissement, et ce afin de leur fournir un point d'appui psychologique. Par ailleurs, l'information du public, éventuellement par campagne médiatique, permettrait de mieux faire connaître ce problème de santé dans la population, de modifier l'image de déchéance irrémédiable qui lui est attachée et de favoriser la tolérance à son égard et donc l'intégration sociale des patients atteints.
- La création d'un " réseau continence " dans lequel seraient intégrés les professionnels de santé, les malades et les organismes payeurs et qui répondrait aux besoins de la population, devrait être encouragée.
- Une évolution dans les modalités de prise en charge médico-administrative (inscription des couches au TIPS) pourrait peut-être permettre d'éviter un certain nombre d'hospitalisation. Une évaluation médico-économique de ces mesures devrait être engagée.
- La promotion de la recherche clinique, physiopathologique et médico-économique concernant l'IA doit être favorisée par les pouvoirs publics et les institutions de recherche (par exemple, appel d'offres ciblées)
Au total, la mise en place, à l'instar des pays anglo-saxons, d'un réseau national décliné à l'échelon loco-régional , avec évaluation des structures mises en place et des actions entreprises, permettrait d'améliorer l'efficience de la prise en charge de l'IA, le coût d'une telle initiative pouvant être gagé par une diminution notable des dépenses en institution.
mis en ligne le 14 novembre 1998