Dans quels cas peut-on vous proposer cette intervention ?

C’est habituellement en cas de cancer de l’anus (cancer épidermoïde) ou de cancer du bas rectum envahissant le sphincter de l’anus (adénocarcinome du rectum) que l’on réalise ce type d’intervention.
Rarement cette intervention peut être pratiquée pour traiter des lésions infectieuses péri-anales notamment dans le cadre d’une maladie inflammatoire de l’intestin comme la maladie de Crohn.

En quoi consiste-t-elle ?

Elle consiste en l’ablation définitive du rectum et de l’anus. Le périnée (ensemble des parties molles fermant le détroit inférieur du pelvis : du pubis en avant au coccyx en arrière) est refermé et l’on doit donc brancher le colon directement sur la peau de l’abdomen, on parle de colostomie.

Figure 1 : Anatomie du tube digestif

Figure 2 : Amputation abdominopérinéale et colostomie

Comment se déroule l’intervention ?

Cette intervention est réalisée sous anesthésie générale.

Elle comporte deux temps :

  • Le premier temps est abdominal et peut être réalisé par laparotomie (ouverture verticale de l’abdomen au minimum de l’ombilic jusqu’au pubis parfois un peu plus haut) ou par coelioscopie (on parle également de laparoscopie : technique mini-invasive réalisée à l’aide d’une caméra et d’instruments introduits dans l’abdomen par des orifices de 5 à 10 mm, généralement 4 à 5 orifices).
    Durant ce premier temps, le colon gauche qui servira à la confection de la stomie est libéré de ses adhérences, et on réalise également la dissection du rectum en emportant la graisse entourant celui-ci pour réaliser le curage ganglionnaire indispensable pour le traitement d’un cancer.
  • Le deuxième temps est le temps périnéal. On aborde cette fois ci directement la région périnéale par le bas et l’on va sectionner le périnée en emportant l’anus, et rejoindre la dissection faite « par le haut » durant le premier abdominal.
    Durant ce temps périnéal, la résection peut-être élargie si nécessaire en cas de grosse tumeur (à la face postérieure du vagin par exemple). Le périnée sera soit directement refermé avec mise en place de drains, soit il sera réalisé un lambeau apportant des tissus musculaires (de l’abdomen : muscle grand droit, des cuisses : muscle gracilis ou des fesses : muscles fessiers) afin de renforcer le périnée et de combler « le trou » créé par cette amputation.

L’intervention se termine par la création de la colostomie habituellement sur la partie basse et gauche de l’abdomen (fosse iliaque gauche) et la fermeture de l’abdomen. Cette intervention dure habituellement 3 à 5 heures.

Comment se déroule l’hospitalisation ?

L’hospitalisation dure en moyenne 8 à 10 jours.

Avant l’intervention, il vous sera demandé de réaliser une préparation digestive afin de nettoyer votre colon. Vous rencontrerez l’infirmière stomathérapeute spécialisée dans la prise en charge des stomies avant l’intervention. Elle vous expliquera les principes de gestion de ces stomies et effectuera le repérage sur la peau du site de la future stomie.
Cette infirmière vous suivra également tout au long de votre séjour pour vous aider à prendre en charge cette stomie avec pour objectif une autonomie à la sortie de l’hôpital.

Durant l’hospitalisation, les différents drains et cathéters seront retirés progressivement et vous serez réalimenté dès que possible, en général dès le lendemain. Les douleurs post-opératoires seront contrôlées par des antalgiques en perfusion au début du séjour puis un relais par des comprimés sera fait dès que possible.
L’anesthésiste pourra vous proposer en complément pendant quelques jours une analgésie par péridurale ou par pompe à morphine.

Quelles sont les principales complications attendues de cette intervention ?

Le principal problème de ce type d’intervention est la cicatrisation de la plaie périnéale.
Il n’est pas rare, surtout après une radiothérapie, que la plaie se désunisse partiellement ou qu’un abcès s’évacue par la plaie après l’intervention. Cette situation est classique et se traite par des soins locaux qui pourront être réalisés à domicile par une infirmière, mais qui nécessitent souvent des soins pendant plusieurs semaines.
C’est dans ces situations à hauts risques de problèmes de cicatrisation que votre chirurgien vous proposera peut-être la réalisation d’un lambeau musculaire pour combler le périnée.
Des problèmes de rétention d’urine sont également classiques après ce type d’intervention, raison pour laquelle votre vessie sera laissée au repos quelques jours après l’intervention par une sonde urinaire ou un drain suspubien.

Liens utiles : Fédération des stomisés de France. www.fsf.asso.fr

Dr Eddy COTTE (Centre Hospitalier Lyon-Sud, CHU de Lyon), juin 2013.
Relecture : Dr Quentin DENOST (Hôpital Saint André, CHU de Bordeaux)

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