Les troubles fécaux affectent des millions de personnes. Ils ont un impact particulièrement négatif sur leur qualité de vie, provoquant dépression, isolement et perte d’estime de soi.
Leur pudeur mise à mal, les personnes souffrant d’incontinence fécale n’osent pas en parler à leur entourage, ni à leur médecin.
Cependant, il existe des solutions thérapeutiques efficaces, adaptées aux différentes formes d’incontinences. Parlez-en à votre médecin.
Comment fonctionne l’appareil digestif ?
Ses éléments
- L’intestin grêle mesure environ 4 à 5 mètres de longueur et est situé au milieu de l’abdomen. Il est situé après l’estomac et sa portion initiale, le duodénum, reçoit la bile et les secrétions pancréatiques nécessaires à la digestion des graisses. L’intestin grêle est essentiel à la digestion et l’absorption des nutriments : on ne peut pas vivre sans intestin grêle !
- Le côlon mesure un peu plus de 1,20 mètre et forme un cadre autour de l’intestin grêle. Il est divisé en 3 parties : le côlon droit, le côlon transverse, et le côlon gauche qui comprend le colon sigmoïde. Il fait suite à l’intestin grêle qui lui amène tous les jours près de 3 litres de selles liquides. Le côlon a pour fonction essentielle d’absorber l’eau des selles : ainsi près de 90% de l’eau contenue dans les selles sera absorbées par le colon. Ceci explique pourquoi les matières seront de plus en plus compactes au fur et à mesure de la progression dans le côlon, et pourquoi seulement 300 ml de selles arriveront finalement dans le rectum. Le colon est également le principal organe de stockage des selles, qui seront propulsées seulement une à trois fois par jour dans le rectum, lors de la survenue de grandes contractions propagées le long du colon. On peut donc vivre sans côlon, mais les selles seront liquides et arriveront très fréquemment dans le rectum !
- Le rectum et l’anus mesurent environ 15 centimètres de longueur et terminent le tube digestif.

Ils forment un appareil complexe qui va gérer deux fonctions essentielles :
- la continence (retenue des selles)
- et la défécation (évacuation des selles).
Nous allons détailler un peu ces deux fonctions, car dans votre cas, c’est essentiellement à cause de problèmes au niveau du rectum et de l’anus que se développe l’incontinence fécale (appelée encore incontinence anale).
Sur le plan anatomique
Le rectum présente une zone un peu large et élastique située après le colon, qui va contenir les selles une à trois fois par jour suite à la survenue des grandes contractions le long du colon. Le rectum comporte une muqueuse (qui secrète du mucus pour faire sortir plus facilement les selles) et une musculeuse (qui va se contracter pour l’évacuation de la selle ou au contraire se relâcher lorsque ce n’est pas le moment d’aller à la selle).
L’anus est un canal étroit de 3 centimètres de longueur environ, qui est maintenu spontanément fermé par un premier sphincter involontaire, le sphincter interne (c’est grâce à lui que le rectum est étanche sans qu’on y pense, aussi bien aux gaz qu’aux matières, là encore quand tout va bien). Autour de ce sphincter interne, il y a un autre sphincter, cette fois-ci volontaire, le sphincter externe (lorsqu’on est en société, ou en tout cas loin des toilettes, on le contracte pour retenir les gaz et les selles, ce qui évite les fuites par un premier mécanisme de fermeture du canal anal).
Il existe aussi une troisième partie à l’appareil sphinctérien, qu’on appelle le muscle releveur de l’anus, et qui est rattaché au bord supérieur du sphincter externe. Quand on veut retenir un gaz ou une selle, normalement, l’anus se ferme sous l’action du sphincter externe, et il remonte sous l’effet du muscle releveur ; en remontant, il forme un angle fermé avec le rectum qui rend le rectum étanche.
Pour être complet, il faut ajouter que les hémorroïdes, qui sont des sortes de veines présentes chez tout le monde, interviennent aussi dans la continence anale. Ils formant des petits coussins souples qui, une fois gonflés dans le canal anal, en assurent l’étanchéité.
Sur le plan anatomique
Lorsqu’une certaine quantité de selles arrive dans le rectum, le rectum se distend un peu et donne l’alerte au cerveau (« il faut aller à la selle ! ») et à l’anus (« il faut t’ouvrir pour laisser sortir les matières ! »). Pour l’homme et contrairement à la plupart des animaux, les selles ne seront évacuées que dans un endroit propice que l’homme choisit (en pratique, les toilettes, mais ça peut être derrière un arbre !). Un mécanisme se met donc en place pour lutter contre cet automatisme d’évacuation à la demande du rectum : le sujet contracte volontairement le sphincter anal externe et le muscle releveur de l’anus le temps nécessaire au rectum pour qu’il relâche sa paroi musculaire. L’envie d’aller à la selle disparait alors pour quelques temps (celui de se rendre aux toilettes).
Au fil des millénaires, on peut dire que l’homme a appris à se mettre debout, à faire du feu, à vivre en communauté, à domestiquer les animaux, à chasser et à… retenir ses selles pour les faire dans un endroit adéquat pour la communauté. Il a ainsi appris à lutter contre cet automatisme d’évacuation de la selle dès que le rectum est plein. D’ailleurs, à trop lutter contre cet automatisme, et ne vouloir par exemple n’aller à la selle que chez soi, on finit par abimer cette mécanique fragile et créer une constipation… Mais c’est une autre histoire !
Lorsque le sujet est dans un endroit qu’il a choisi, l’évacuation du rectum peut se faire après une ou quelques sollicitations : dans l’idéal, il suffit alors d’une poussée modérée de l’abdomen, le sujet ne contracte plus le sphincter externe ni le releveur de l’anus et la selle s’évacue. C’est une défécation normale d’une selle moulée.
Comment se manifeste l’IF ?
Pour rappel, l’incontinence anale :
Est la perte incontrôlée de gaz ou de selles par l’anus. Le terme d’incontinence fécale est aussi employé et se définit par la perte incontrôlée de selles (fèces), mais qui ne retient pas ses selles ne retient pas ses gaz non plus, et c’est donc un synonyme.
L’incontinence anale peut survenir brutalement, comme après une section du sphincter pour fistule anale, mais le plus souvent, elle apparait de manière insidieuse et progressivement.
Il y a souvent un premier épisode vécu toujours comme un drame, puisque ce jour-là, les selles partent brutalement dans le sous-vêtement. Il peut aussi s’agir de la perte de gaz lors d’un effort de contraction des abdominaux, lors d’un éclat de rire, ou lors d’un rapport sexuel. Entre ces deux situations, il peut s’agir du fameux « pet foireux », ou le simple gaz émis volontairement s’accompagne d’une souillure de selles inattendue.
D’autres épisodes vont ensuite survenir, souvent de manière de plus en plus rapprochée et faits de fuites de plus en plus abondantes, et cela sur plusieurs mois ou plusieurs années.
A un moment donné, les conséquences que représentent cette fuite incontrôlée de gaz ou de selles en société (au sens large, englobant la vie familiale et la vie de couple) finissent par retentir sur le moral et aboutir à une limitation des activités quelles qu’elles soient (professionnelles, sportives, de loisir, familiales, sexuelles, etc.). Il est habituel de commencer à porter des protections de plus en plus grandes, de limiter son alimentation aux aliments bien supportés (le riz et les pâtes !), de prendre des ralentisseurs du transit avant même de consulter, tant le tabou sur cette anomalie est encore tenace.
Dans bon nombre de cas, cette incontinence anale s’associe à une incontinence urinaire. Cela fait d’ailleurs penser à une cause particulière (l’atteinte des nerfs qui contrôlent ces deux organes).
Qui et quand consulter ?
Il n’y a pas de règle !
La moindre fuite involontaire de gaz ou de selles, quel que soit l’âge ou le sexe, même s’il s’agit d’un premier épisode, peut amener à une consultation d’abord auprès de son médecin généraliste. S’il n’est pas très spécialisé dans le domaine de la proctologie (spécialité médicale s’intéressant aux anomalies du rectum et de l’anus – dans l’enseignement de la médecine, le sujet est aussi un peu tabou !), il pourra adresser son patient à un gastroentérologue, notamment s’il est spécialisé en proctologie.
Trop souvent encore, et nous sommes pourtant en 2025, les médecins spécialistes voient les patients atteints d’une incontinence anale évoluant déjà depuis des années, alors qu’en fonction des causes, il y a parfois des solutions efficaces à proposer précocement.
Il est d’usage de noter la sévérité de l’incontinence anale par le nombre de fuites et d’impériosités par jour, pendant 2 à 3 semaines d’affilée (c’est ce qu’on appelle un « calendrier des selles »).
Il est aussi très utile d’utiliser un score d’incontinence anale, qui se remplit au cabinet du médecin ou chez soi (c’est mieux encore) : il en existe plusieurs, mais l’un d’entre eux est plus souvent utilisé, car il se remplit vite, facilement, et permet de suivre l’efficacité des traitements pour un sujet donné, ou de comparer des groupes de patients entre eux. C’est le score de la Cleveland Clinic appelé encore score de Jorge et Wexner. Il tient compte de la fréquence des fuites de gaz, de celle des fuites de selles liquides, de celle des fuites solides, de la fréquence du port de garnitures, et du retentissement sur la vie quotidienne : cela fait 5 items à remplir, allant chacun de 0 à 4.
Ainsi, une personne ne souffrant d’aucune incontinence aura 0, alors qu’un sujet qui perd les gaz et les selles plusieurs fois par jours (ça arrive), en mettant plusieurs garnitures voire des couches jour et nuit, et n’osant plus sortir de chez elle tellement elle est gênée cotera près de 20 sur 20. Au-dessus de 11/20, on estime que l’incontinence est sévère.
Enfin, mais plutôt pour des travaux de recherche ou pour le suivi des patients regroupés en cohorte pour un centre ou pour la France entière, il peut être utile de remplir un questionnaire de qualité de vie : il est bien prouvé que quelqu’un qui souffre d’incontinence anale vit moins bien qu’un sujet de la population générale.
La consultation pour incontinence anale ne doit pas faire peur : les gastroentérologues voient beaucoup de patients ayant des problèmes de défécation (constipation et incontinence), il ne faut donc pas être gêné de se confier à eux. De plus, les examens habituels pour la très grande majorité des cas ne sont pas agressifs, et là encore seront réalisés par des spécialistes qui voient beaucoup d’anus et de périnées. Sans entrer dans les détails, ces examens sont un examen clinique de l’anus avec toucher rectal à l’aide de l’index ganté, une échographie endo-anale (examen indolore du canal anal et du bas rectum par une sonde plus petite que la taille d’une selle moulée) et manométrie anorectale (là encore mise en place d’une sonde non agressive pour la prise de pressions au niveau des sphincters).
Quelles solutions existent ?
Avant même de consulter !
Le régime pauvre en résidus, privilégiant le riz, les pâtes, les viandes et poissons grillés, permet de diminuer la fréquence des selles et de les rendre moins liquides : cela est souvent un premier point, qui est d’ailleurs spontanément réalisé par les sujets ayant une incontinence anale parce qu’ils finissent par identifier d’eux-mêmes les aliments qui sont le plus souvent associés aux fuites de selles.
Les autres régime plus restrictifs comme le régime sans lactose, sans fructose, ou encore sans FODMAPs sont déconseillés en auto-médication et sont à réaliser après discussion avec votre spécialiste car ils nécessitent un encadrement avec un diététicien ou nutritionniste.
La première étape, dès la première consultation spécialisée
Cette première consultation est souvent longue car après un interrogatoire précis et un examen clinique minutieux, le spécialiste demandera et expliquera à son patient les examens à réaliser. Il lui donnera ensuite des conseils divers, notamment sur le régime alimentaire à privilégier, et sur « l’hygiène défécatoire » pour essayer d’avoir un transit régulier fait de selles moulées, à évacuer si possible en une fois et sans différer la défécation.
Parfois, il proposera l’utilisation d’un suppositoire ou d’un petit lavement pour optimiser la vidange rectale, et éviter ainsi la fuite qui survient chez certains sujets après la première selle dans les cas où le rectum ne se vide pas complètement.
Si le transit est fréquent et assez liquide, le médecin pourra proposer de ralentir le transit et d’épaissir les selles en préconisant un « pansement intestinal » de type diosmectite, ou un freinateur de l’intestin de type lopéramide. Les ballonnements et flatulences, les gaz trop fréquents peuvent être traités au moins en partie par la prise de charbon.
Enfin, votre spécialiste pourra également vous proposer plusieurs séances de rééducation auprès d’un kinésithérapeute ou d’une sage-femme spécialisés eux aussi dans la prise en charge des troubles du périnée (incontinence anale, urinaire, douleurs) et du pelvis (descente d’organe par exemple). Ce kinésithérapeute proposera un programme personnalisé d’exercices, basés sur le contrôle par le sujet lui-même des progrès qu’il fait, à l’aide de supports visuels (un écran sur lequel la pression de contraction de l’anus et la relaxation sont enregistrées) et/ou auditif. Ce type de rééducation porte le nom de rééducation par biofeedback, dont les études ont montré une bonne efficacité dans beaucoup de cas d’incontinence. L’efficacité dépend aussi du sérieux et de la motivation du patient et du kinésithérapeute !
Une forme particulière de rééducation, encore en cours d’évaluation, est la stimulation d’un nerf de la jambe à domicile à l’aide d’électrodes collées sur la peau (appelé TENS) qui permet, par des phénomènes de remontée vers le sacrum, de stimuler aussi certains nerfs qui contrôlent la continence. L’effet est plutôt « suspensif », ce qui signifie qu’après l’arrêt de ce type de rééducation, l’incontinence finit par revenir au bout d’un certain temps : il faut alors refaire des séries de séances de stimulation.
Plus tard encore…
Ce n’est qu’en cas d’absence d’amélioration de tous ces moyens médicaux (régime, hygiène de vie, médicaments, rééducation spécialisée) et si bien sûr le patient est toujours gêné au point de demander un traitement supplémentaire, qu’il sera adressé au chirurgien.
Dans le cas d’une incontinence anale par rupture du sphincter de l’anus (souvent dans les cas d’accouchement avec déchirure allant jusqu’à l’anus), resté en permanence entrouvert à cause de l’écartement des deux parties rétractées, il faut commencer par proposer une réparation directe, appelée encore « sphinctérorraphie » (raphie signifiant rapprochement). Heureusement, les progrès de l’obstétrique et de la chirurgie proctologique font que ces cas sont de plus en plus rares. Ce traitement est le plus souvent proposé lorsque la déchirure est récente.
Dans le deuxième cas de figure et comme nous l’avons vu dans les causes de l’incontinence anale, l’anus est spontanément fermé, et les deux sphincters interne et externe sont bien présents : il s’agit alors d’un trouble de la commande nerveuse. Il n’y a ici bien sûr aucune réparation directe à faire et c’est l’indication de la neuromodulation des racines sacrées, dont le principe consiste à placer une électrode dans un orifice du sacrum pour stimuler une racine nerveuse qui contrôle la continence anale, la continence urinaire et même certains réflexes du côlon qui peuvent aider à améliorer le transit intestinal.
Après avoir confirmé la bonne indication à cette technique, et avoir présenté le dossier en réunion de concertation faisant intervenir plusieurs spécialistes comme le recommande la Haute Autorité de Santé, le chirurgien placera une électrode dans le sacrum au cours d’une opération de moins d’une heure, le plus souvent en ambulatoire. Cette électrode sera reliée à un prolongateur qui sera lui-même connecté à un petit boîtiertemporaire de stimulation externe pour 2 à 3 semaines.

Système test Verify (Controller ENS)
Crédit photo Medtronic

Neurostimulateur
Crédit photo Medtronic
Au bout de ce laps de temps, il faut comparer le calendrier des selles, le score d’incontinence, et tout autre évènement entre la période avant implantation de l’électrode et la période avec l’électrode. Si le nombre de fuites est diminué d’au moins 50%, le test est considéré comme positif, et le deuxième temps peut être réalisé. Il consiste à placer sous une courte anesthésie, là encore de moins d’une heure, en ambulatoire, un stimulateur dont la durée de vie est d’environ 10 ans dans la région de la fesse pour que ce soit discret.
D’autres techniques ont été abandonnées, comme le sphincter artificiel ou la transposition d’un muscle de la cuisse autour de l’anus (graciloplastie). D’autres traitements sont en cours d’étude, comme le sphincter magnétique ou la thérapie cellulaire (greffe de cellules souches musculaires au niveau du sphincter externe, qui proviennent d’un autre muscle du patient, comme le quadriceps ou le grand pectoral).
Enfin et pour être complet, certains cas sont tellement graves et difficiles à traiter par les moyens médicaux et chirurgicaux que nous avons vus, que les patients eux-mêmes demandent une stomie, c’est-à-dire une poche sur l’abdomen. Ces cas extrêmes sont rares et ne sont toujours réclamés que par les patients eux-mêmes.
Évaluez-vous
Score de Wexner d’incontinence anale
(Rothbarth J, Bemelman WA, Meijerink WJHJ, Stiggelbout AM, Zwinderman AH, Buyze-Westerweel ME, Delemarre JBVM. What is the impact of fecal incontinence on quality of life? Dis Colon Rectum 2001;44:67–71).
Ce questionnaire auto-administré vous permet d’évaluer la sévérité d’une incontinence fécale.
Le score total varie entre 0 et 20 : il correspond à la somme des réponses à chacun des items.
Ce score est celui qui est le plus largement utilisé actuellement.
Un score de 9 et plus est le plus souvent associé à un retentissement significatif de la qualité de vie.
Si votre score est supérieur à 5 sur 20, votre gêne doit être telle qu’elle peut justifier une consultation auprès d’un gastroentérologue, ne serait-ce que pour réaliser un bilan de cette incontinence et débuter un traitement médical.
Nous vous conseillons de vous munir de ce test pour vous rendre chez votre médecin.
Les professionnels répondent à vos questions
1. L’incontinence anale touche-t-elle uniquement les femmes ? Dans quelles mesures les hommes peuvent aussi en souffrir ?
On parle souvent de la femme quand on parle d’incontinence anale pour plusieurs raisons. D’abord le sphincter anal est plus fragile chez les femmes ; le périnée est plus solide chez les hommes et le sphincter est plus solidement amarré au plancher pelvien et donc moins fragile.
Par ailleurs, les évènements de la vie de la femme et en particulier les accouchements peuvent abîmer le sphincter (l’homme n’a pas ces risques). Ensuite, l’incontinence affecte plus souvent les personnes plus âgées… Donc plus souvent les femmes. Cependant, malgré ces différences, il ne faut pas croire que l’incontinence anale ne touche que les femmes. Les hommes peuvent aussi être affectés avec un retentissement important sur la qualité de vie notamment après 60 ans. En effet un diabète, le traitement chirurgical d’un cancer de la prostate, d’un cancer du rectum peuvent se compliquer d’incontinence.
2. La déchirure au moment de l’accouchement est-elle la principale cause d’incontinence anale ?
L’incontinence fécale est un symptôme dont l’origine est multifactorielle. L’accouchement en lui-même est un facteur de risque puisqu’il sollicite le périnée et les sphincters.
Dans l’immense majorité des cas, cet évènement physiologique n’a pas de conséquences à terme sur le fonctionnement des sphincters. Néanmoins, dans environ 1,2% des accouchements, il arrive que l’accouchement soit « traumatique » c’est-à-dire que l’expulsion du bébé s’accompagne d’une déchirure partielle du périnée jusqu’à atteindre le sphincter anal. Malgré une réparation efficace et une rééducation du postpartum, cet évènement reste un facteur de risque important d’incontinence à plus ou moins long terme. En cas de symptôme d’incontinence, il faut consulter car nous avons les moyens d’améliorer la situation…
3. Faut-il privilégier la césarienne systématiquement pour éviter les risques d’incontinence anale ?
Évidemment non ! La césarienne est une intervention qui permet de sauver des bébés, de protéger des mamans, mais ce n’est pas anodin non plus ! Il n’y a pas de preuve que la césarienne diminue le risque d’incontinence fécale.
Actuellement, on ne pourrait recommander systématiquement une césarienne pour ce motif. Cependant, dans des situations à risque élevé (pour le bébé comme pour la maman) la césarienne garde toute sa place, mais c’est une balance entre les risques et les bénéfices…
4. Dans quelles mesures l’alimentation peut influencer la continence anale ?
Le transit intestinal a un impact sur les fuites anales, en particulier la consistance des selles. Si les selles sont plus solides, le nombre de fuites diminue souvent de façon importante. Un régime alimentaire pauvre en fibres peut donc améliorer la situation, sans entrainer pour autant de carences. Par ailleurs, on remarque souvent que certaines personnes ont un transit irrégulier et très influencé par les épisodes de la vie (stress). C’est vrai particulièrement pour le syndrome d’intestin irritable. Nous ne sommes pas tous égaux en termes de transit ! Chez ces personnes, il est primordial d’avoir une alimentation régulière, en évitant les écarts de régimes. C’est un conseil que nous donnons aux personnes qui souffrent d’incontinence anale comme à ceux qui souffrent de douleurs abdominales et du syndrome d’intestin irritable.
5. Existe-t-il un traitement vraiment efficace de l’incontinence anale ?
Oui et non ! On devrait plutôt dire qu’il existe des traitements qui associés sont efficaces ! Malheureusement, on ne dispose pas d’un traitement idéal. Les causes d’incontinence anale sont multiples, et les réponses à apporter pour améliorer la situation le sont aussi…Ce qui est certain, c’est qu’il est possible d’améliorer la situation et la qualité de vie dans presque tous les cas. C’est presque toujours l’association de règles diététiques, de rééducation et de traitement médical avec parfois une intervention chirurgicale qui permettront de soulager au mieux les patients.
6. Comment peut-on lutter contre les fuites de gaz ?
C’est probablement le plus difficile à traiter. Malheureusement, c’est une situation très fréquente et la plus dure à améliorer. C’est pourtant invalidant au quotidien. Les gaz émis par l’anus proviennent de 2 origines : l’air ingéré lors de l’alimentation ou la respiration d’une part, et les gaz produits par les bactéries du côlon d’autre part. On peut recommander de limiter les aliments réputés sources de gaz et les boissons gazeuses. Le charbon, prescrit de longue date est par ailleurs un appoint parfois efficace pour limiter les productions de gaz par le côlon.
Mise à jour : Juillet 2025